French Divide : quelle aventure !

Au-delà des mots, ce sont les souvenirs qui me manquent pour vous raconter cette incroyable aventure dans les détails. L’engagement fut tellement intense durant deux semaines que je me suis même mis à douter du fait d’y avoir participé. En voici néanmoins le récit :

En attendant le départ…

Jeudi 8 août 2019 : Rendez-vous est donné aux participants pour la soirée d’ouverture de la French Divide sur Lille avec la projection du film de l’édition précédente. C’est l’occasion de rencontrer l’équipe organisatrice et les autres participants dans une ambiance festive, l’excitation monte crescendo à quelques jours du départ.

Sur la grande place de Lille
Rendez-vous sur la grande place de Lille avant de prendre la direction de Bray-Dunes.

Vendredi 9 août 2019 : Après un petit-déjeuner sur la grande place de Lille, le truculent Rémi Quinquin nous a organisé une sympathique balade de 90km pour rejoindre Bray-Dunes, près de la frontière belge. Dans l’après-midi, les arrivées se succèdent, permettant à chacun de comparer, parfois avec étonnement, ses choix techniques. Puis nous assistons tous ensemble au briefing de Samuel Becuwe, le Gentil Organisateur de l’épreuve. Après avoir rempli les formalités d’usage et reçu mon tracker, je pars m’installer au camping non sans une légère appréhension… en effet, un coup de vent est annoncé dans la nuit. Vers 3h du matin, mon tarp s’envole sous la violence du vent ; c’est à la frontale et sous la pluie que je répare mon abri de fortune avant de retrouver le sommeil.

Départ de la French Divide
Une météo capricieuse pour le départ de cette 4ème édition de la French Divide.

Samedi 10 août 2019 : 5h30, le réveil sonne… j’ai décidé de me lever en même temps que les partants du jour pour les encourager et aussi m’entraîner à plier le camp. Sur la ligne de départ, la mauvaise météo ne semble pas ternir l’enthousiasme de la centaine de courageux. Après des mois de préparation, rien ne pourrait d’ailleurs entamer notre motivation pour affronter les 2275km du parcours et rejoindre le village de Mendionde au Pays Basque.

Comme un goût de classiques flandriennes

Jour 1 [ 276km 13h16 D+1817m ]strava

Dimanche 11 août 2019 : Nous sommes une vingtaine de furieux à prendre le départ, l’ambiance est détendue, du moins en apparence… on plaisante sur le fait que « ce n’est pas une course ». Sauf que la réalité des premiers kilomètres est tout autre : bordures, relais appuyés, le rythme ne faiblit pas jusqu’à l’enchaînement des monts flandriens au km60. Pour ma part, bien à l’écoute de mes sensations, la journée se déroule parfaitement. Après avoir eu le plaisir de rouler sur les mythiques secteurs pavés de Paris-Roubaix et la surprise de traverser les remparts de la ville fortifiée de Le Quesnoy, j’atteins mon objectif vers 21h : la station touristique de Val-Joly au km275. C’est l’occasion parfaite pour se ravitailler avant d’élire domicile dans un abri d’observation pour la nuit.

En sortant de la trouée d'Arenberg
Petite pause photo à la sortie de la mythique trouée d’Arenberg.

Une traversée exigeante des Ardennes

Jour 2 [ 201km 12h09 D+3252m ]strava

Lundi 12 août 2019 : Après une nuit fraîche passée au bord du lac, c’est bien reposé de la veille que je reprends la route vers 6h30. La journée s’annonce difficile avec la traversée des Ardennes mais les sources de motivations sont nombreuses : valider le CP1 à Charleville-Mézières et partager une bière avec l’équipe organisatrice avant de commencer à rattraper les Dividers de la vague du samedi. Initialement, je souhaitais atteindre Verdun mais compte tenu du dénivelé, je me suis finalement arrêté dans une forêt pour y passer la nuit, sans même prendre le soin de m’éloigner de la piste. Après 12h de pédalage, on se satisfait aisément du confort spartiate d’un bivy posé sur un sol rocailleux.

Traversée du village médiéval de Rocroi
Une traversée du village médiéval de Rocroi pleine de surprises.

Devoir de mémoire à Verdun

Jour 3 [ 241km 13h17 D+2496m ]strava

Mardi 13 août 2019 : Réveil matinal sous la grisaille et dans l’humidité, pas facile de remettre la machine en route en attendant de trouver le réconfort d’une boulangerie. Cette étape sera marquée par le devoir de mémoire tant les lieux traversés sont chargés d’histoire, ma souffrance n’est rien en comparaison du calvaire vécu par des millions de soldats lors de la première guerre mondiale. L’objectif du jour est d’atteindre la forêt d’Orient. Stratégiquement, c’est l’occasion idéale de regagner du terrain sur certains participants, car la traversée de ce parc naturel régional n’est autorisée que de 6h à 21h. Avant d’y parvenir, j’ai vécu une soirée magique sur les pistes blanches de la région : accompagné d’une bonne sélection musicale et d’un magnifique coucher de soleil, j’ai éprouvé durant ce moment un réel sentiment de plénitude.

L'ossuaire de Douaumont
Devoir de mémoire devant l’ossuaire de Douaumont avant de rejoindre Verdun.

200 bornes au bout de la nuit

Jour 4 [ 200km 12h10 D+3268m ]strava

Mercredi 14 août 2019 : L’objectif du jour est d’atteindre le CP2 situé à Quarré-les-Tombes avant d’attaquer la difficile traversée du Morvan mais encore une fois, la difficulté du parcours, la fatigue et une soudaine panne d’éclairage me forceront à m’arrêter prématurément dans un champ pour y passer la nuit. Malgré tout, j’ai tenu à passer le cap psychologique des 200km en poussant mon vélo à travers les ronces à la lueur de la frontale.

Repas équilibré sur la French Divide
Un parfait exemple de repas équilibré sur la French Divide.

Une traversée épique du Morvan

Jour 5 [ 117km 7h45 D+2139m ]strava

Jeudi 15 août 2019 : En ce jour férié, il y a foule sur la place du village et de nombreux Dividers sont réunis au café pour se réchauffer, recharger les batteries et reprendre des forces. Les organisateurs accompagnés de l’équipe média nous réservent un super accueil, cela fait du bien de recevoir un peu de chaleur humaine, car comme beaucoup, je redoute la difficile traversée du Morvan. En fin d’après-midi, après avoir bataillé sur le vélo, voir Autun sonne comme une victoire, le Morvan est désormais derrière moi, mais j’y ai laissé des forces. Malgré le faible kilométrage, je prends donc la décision de passer la nuit à l’hôtel pour repartir bien reposé le lendemain. J’en profite pour prendre une douche, faire sécher mes affaires et recharger l’électronique. La French Divide requiert une gestion permanente de l’effort sur deux semaines.

Au CP2 à Quarré-les-Tombes
Validation du CP2 à Quarré-les-Tombes avant d’attaquer la difficile traversée du Morvan.

S’en tenir au programme à mi-parcours

Jour 6 [ 206km 12h01 D+3164m ]strava

Vendredi 16 août 2019 : Après une bonne nuit réparatrice à l’hôtel, les jambes ont retrouvé de la fraîcheur et j’en profite pour claquer un KOM au sommet d’une longue ascension, c’est bon pour le moral. Lors de cette journée, je me souviens surtout d’une section ludique composée d’un sentier de type « pump track » le long de l’Allier suivi d’un portage acrobatique au milieu d’une jungle de ronces. On s’amuse bien sur la French Divide !

Une étape volcanique, certainement la plus belle

Jour 7 [ 140km 10h03 D+3448m ]strava

Samedi 17 août 2019 : Cette étape à travers le parc naturel régional des volcans d’Auvergne tiendra toutes ses promesses : des paysages à couper le souffle, un passage venté au point culminant de l’épreuve, le tout sous le regard médusé des touristes. Mais qui sont ces fous qui traversent la France sur leur petit vélo ? Arrivé à La Bourboule, le contraste est d’ailleurs saisissant : ils sont en vacances, nous sommes en mission. Après avoir ravitaillé puis fait le plein d’énergie avec un bon resto pizza-bière, je reprends la route avec pour objectif de franchir le dernier col avant la nuit.

Point culminant de la French Divide
Passage au point culminant de l’épreuve dans le parc naturel régional des volcans d’Auvergne.

Une longue journée de vélo commencée à 3h du mat’

Jour 8 [ 217km 12h39 D+3631m ]strava

Dimanche 18 août 2019 : Sachant qu’il y avait une longue transition sur l’asphalte pour débuter la journée, j’ai décidé la veille de me coucher en tenue cycliste pour repartir rapidement au milieu de la nuit. L’objectif du jour est de rejoindre la magnifique cité médiévale de Rocamadour, village que j’avais déjà eu l’occasion de visiter lors de mon voyage à vélo vers l’Iran. C’était en février 2018 et ce soir-là, j’avais dormi sous la tente par -10°C.

Affronter la difficile traversée du Lot au Tarn

Jour 9 [ 150km 11h00 D+3092m ]strava

Lundi 19 août 2019 : Au réveil, les premiers signes de fatigue depuis le départ se font sentir. J’ai du mal à mettre la machine en route, surtout que le terrain devient vraiment exigeant. La traversée du Lot au Tarn restera pour moi la partie la plus difficile de cette French Divide. Au départ de Rocamadour ce matin, j’avais dans l’espoir de rejoindre le CP3, mais après une étude détaillée du profil de l’étape, je me suis rappelé qu’il fallait presque trois heures pour parcourir les vingt derniers kilomètres menant au village médiéval de Puycelsi.

Forêt enchantée dans le Lot
Seul au monde et hors du temps dans cette forêt enchantée du Lot.

Quand le mental flanche…

Jour 10 [ 68km 5h10 D+1156m ]strava

Mardi 20 août 2019 : Ayant eu connaissance la veille des prévisions météo, je savais que la matinée serait pluvieuse. Ce que je ne savais pas, c’est qu’au réveil vers 6h, l’envie de remonter sur le vélo m’avait soudainement abandonné. J’ai commencé à me demander ce que je faisais là et si cela avait encore du sens de pédaler pendant des heures, jour après jour. Finalement, je suis resté sous le tarp jusqu’à midi en dévorant ma réserve de gâteaux bretons avant de retrouver un peu de courage. La pluie cessant, je me suis forcé à plier le camp avant d’entreprendre la terrible ascension finale vers Puycelsi. Voir l’oriflamme de la French Divide flotter fièrement au vent et apprendre que l’organisation scrutait depuis des heures mon tracker m’a redonné l’envie de poursuivre l’aventure, je me sentais redevable de leur générosité.

Matinée pluvieuse sous le tarp
Une matinée pluvieuse passée sous le tarp avec un moral en berne.

Action de remobilisation, ne rien lâcher !

Jour 11 [ 154km 9h49 D+2531m ]strava

Mercredi 21 août 2019 : Je n’ai malheureusement que très peu de souvenirs de cette journée mais je sais que dans ma tête, il n’était désormais plus question d’abandonner. Avant le départ, je pensais que « finir la French Divide » ne pouvait pas constituer en soi un objectif pour moi, car j’avais l’ambition de boucler le parcours en moins de 12 jours. J’avoue avoir changé d’avis tant cette épreuve bikepacking est hors normes.

Et au loin, les sommets enneigés des Pyrénées

Jour 12 [ 164km 10h42 D+2342m ]strava

Jeudi 22 août 2019 : Après avoir passé une bonne nuit à l’abri du vent, j’ai fait le point sur ma position et celle des autres participants. En prenant la direction de Lourdes, j’avais bon espoir de trouver des compagnons de route. Arrivé à ce stade de l’épreuve, la solitude me pesait et je pense que tout le monde avait hâte d’arriver à Mendionde pour se réunir et faire la fête.

Finisher sur la French Divide, rêve ou réalité ?

Jour 13 [ 131km 8h55 D+2516m ]strava

Vendredi 23 août 2019 : L’arrivée à Mendionde restera à jamais gravée dans ma mémoire. Ce petit village du Pays Basque est entré dans la légende depuis la première édition de la French Divide en 2015. Chaque fois qu’un participant demande à Samuel « Pourquoi Mendionde ? », sa réponse est simple : « Quand vous y serez, vous comprendrez ! ». En effet, il ne m’a pas fallu longtemps pour comprendre : une longue descente dévalée à pleine vitesse, une courte remontée, un virage à gauche et me voilà devant le restaurant Etchebarne. Accueilli en héros, une pinte de bière à la main, je ne réalise pas ce qu’il m’arrive… il en aura fallu franchir des obstacles pour vivre ce moment dont tous les Dividers rêvent ! Les jours qui suivirent ne me ramèneront pas davantage à la réalité. C’était désormais un subtil mélange de fatigue, d’euphorie et de boulimie qui contrôlait mon corps et mon esprit.

Bien arrivé à Mendionde
Fatigué mais tellement heureux d’être arrivé à Mendionde en 12j14h09m.

Épilogue…

Que ce soit physiquement ou mentalement, la French Divide exige un engagement total. D’ailleurs, j’en garde encore des séquelles physiques malgré une préparation minutieuse. Sur le plan mécanique, je n’ai pas eu à sortir ma pompe ni ma trousse à outils. Sur le plan de la gestion de l’effort, je n’ai jamais roulé de nuit, privilégiant le sommeil pour repartir encore plus fort le lendemain. Alors, suis-je prêt à remettre ça en 2020 ? Probablement pas, mais j’ai désormais dans un coin de ma tête le prestigieux Tour Divide. Encore merci à l’organisation de m’avoir permis de vivre cette belle et grande aventure et bravo à tous les participants d’avoir relevé le défi.

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