Bretagne

Ma traversée hivernale de la Bretagne

En ce début d’année, afin de poursuivre ma préparation physique et mentale, j’ai décidé de traverser la Bretagne pour rejoindre le Mont Saint-Michel lors d’une mini aventure vélo dont voici le récit…

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Jour 1 [ 143km 8h13 D+1053m ]

Départ à l’aube, l’objectif est de rejoindre la voie verte V7 Roscoff – Concarneau puis la V6 Carhaix – Saint-Méen-le-Grand avec un passage sur le Canal de Nantes à Brest. Compte tenu de mon faible niveau d’entraînement et des conditions météo hivernales, j’adopte un rythme tranquille. La journée va être longue, surtout que je suis parti en autonomie totale avec mon vélo de voyage (35kg sur la balance). De la patience et beaucoup de volonté seront nécessaires tout au long de ce périple à travers la Bretagne. Après 8h de pédalage sans réels temps morts, je termine l’étape au pied de l’Abbaye de Bon Repos où j’ai repéré un endroit pour bivouaquer avec un point d’eau à proximité. Je me prépare un « délicieux » repas (semoule de couscous, thon à la mexicaine, compote de pommes) puis, attendant la tombée du jour pour plus de discrétion, j’installe mon campement (tente, matelas, duvet). La nuit sera fraîche, mais je peux compter sur l’équipement grand froid qui m’avait permis d’affronter -10°C lors de ma dernière aventure vélo vers l’Iran.

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Jour 2 [ 122km 7h01 D+806m ]

Réveil dans le froid, les parois de la tente sont gelées… pas facile de quitter son confort ! Rapidement, je range mes affaires et me prépare un café avant de remonter sur le vélo dans cette ambiance si particulière du lever du jour. La brume envahit le canal pendant que les canards s’activent dans l’eau, joli spectacle. Au bout de quelques kilomètres, première grosse montée pour se réchauffer et tester les jambes, la mise en route est difficile. Cette traversée du centre Bretagne par les voies vertes comporte une succession d’interminables faux-plats créant cette désagréable sensation de ne pas avancer. En fin de journée, je quitte la voie verte V6 pour rejoindre la V3 Saint-Malo – Rhuys et me mettre à la recherche d’un endroit pour bivouaquer. J’aime ces moments de calme en pleine nature…

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Jour 3 [ 110km 7h01 D+726m ]

Réveil humide après les averses de la nuit, je préférais le froid sec de la veille ! Dans ces conditions, je sacrifie le traditionnel café du matin pour enfourcher directement mon vélo et grignoter quelques gâteaux. En quittant la voie verte V3 pour rejoindre le port de Dinan, je me retrouve temporairement dans la circulation, quelle désagréable sensation. Avec la fatigue, la grisaille, le vent, la pluie, je dois rapidement me remotiver pour atteindre les côtes de la Manche et me rapprocher de mon objectif. Ce n’est qu’en début d’après-midi que j’entrevois enfin la silhouette du Mont Saint-Michel et sa magnifique baie, le passage sur le pont-passerelle menant au pied de l’édifice restera gravé dans ma mémoire.

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Jour 4 [ 186km 11h16 D+1190m ]

Après un bivouac en forêt et une nuit entrecoupée par les aboiements d’un chevreuil, c’est avec un solide petit-déjeuner que j’attaque cette longue journée de vélo. Je prévois d’ailleurs de rouler une partie de la nuit pour acquérir de l’expérience en vue des épreuves d’ultra-endurance qui m’attendent en 2019. De retour sur le Canal de Nantes à Brest, les premières douleurs musculaires apparaissent, mais se dissipent miraculeusement lorsqu’à la tombée de la nuit, le ciel m’offre un spectacle grandiose sur les hauteurs du Lac de Guerlédan. C’est maintenant l’heure de casser la croûte (purée, chorizo, compote) avant d’affronter la nuit noire et de découvrir un tout autre univers. Rouler dans ces conditions, le long du canal, est assez magique mais également déroutant, je perds beaucoup de mes repères. L’objectif des 200 bornes est fixé, mais une belle opportunité de bivouac s’offre à moi, je ne peux refuser cet emplacement de rêve. Contrat rempli pour aujourd’hui, il ne me reste désormais qu’une centaine de kilomètres à parcourir pour rentrer chez moi. A ce moment précis, je ne me sens pas vraiment fatigué, je dois pourtant l’être mais bizarrement,  je ne trouve pas le sommeil, ce sera une question à étudier pour plus tard…

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Jour 5 [ 106km 6h29 D+673m ]

Gros coup de fatigue au réveil et mise en route difficile lors de cette dernière journée, il me faudra 1h30 pour trouver mon rythme, notamment grâce à une arme secrète : des rochers à la noix de coco. Les hauts et les bas sont fréquents sur ce genre d’aventure et il faut savoir les gérer sans craquer mentalement. La route du retour est identique à celle de l’aller, la fraîcheur physique en moins. Malgré un vent défavorable, je sais désormais que je serai bientôt à la maison. Une douche chaude et un lit confortable… un rêve enfin accessible après 700km d’effort !

En conclusion, malgré les difficultés, c’est la satisfaction qui domine. Se retrouver en pleine nature au milieu d’une faune sauvage et pouvoir s’émerveiller devant le Mont Saint-Michel, cela n’a pas de prix.